Farah Atassi

Paintings


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La galerie Almine Rech a le plaisir de présenter Paintings la seconde exposition personnelle de Farah Atassi.

Dans sa dernière série de compositions géométriques aux couleurs vives, Farah Atassi mêle références à la peinture moderniste, aux arts décoratifs, aux motifs textiles et à l’art populaire. Longtemps adepte des triangles, rectangles et cercles colorés dans la construction de scènes d’intérieur fantastiques et inhabités, Farah Atassi n’a que récemment commencé à assembler ces formes pour composer des natures mortes stylisées et des figures humaines. La série des douze nouvelles peintures (toutes de 2020) exposée pour la première fois à la galerie Almine Rech présente des silhouettes féminines de style cubiste, instruments de musique, objets du quotidien ou accessoires de cirque figurés dans des pièces dont les décors aux motifs colorés rappellent les toiles de Mondrian, l’esthéhique du groupe de Memphis, le tartan écossais ou encore les tissus Pucci.

Sans surprise, cette incursion d’Atassi dans la nature morte et le portrait n’est pas toute simple. Se moquant des hiérarchies picturales classiques propres à ces deux genres, l’artiste rejette l’idée que certains éléments d’une composition doivent avoir plus d’importance que d’autres. Chez Atassi, c’est tout le contraire : chaque aspect des ses toiles - figure, objet ou décor - reçoit le même traitement pictural et bénéficie du même statut au sein de la composition. Les décors et les sujets de ses toiles rivalisent ainsi d’ingéniosité pour attirer l’attention du spectateur, se disputant la place de choix dans un océan de couleurs et de formes similaires.

À l’instar de Mondrian ou Malevich - deux influences importantes pour l’artiste - Atassi s’appuie sur une grille pour organiser ses compositions de couleurs et de formes soigneusement élaborées. La grille l’aide aussi à tracer les lignes orthogonales qui lui servent à représenter l’espace tridimensionnel. En se réappropriant une caractéristique essentielle de l’art non-objectif – la célèbre grille moderniste – pour en faire l’armature sur laquelle elle construit ses espaces imaginaires et accroche ses scènes narratives, Atassi ancre fermement son art entre abstraction et figuration. Les personnages que l’on voit jouer au ballon (The Game 3 et The Game 4), alanguis dans une cabane de plage (Lying Woman), ou assis en studio (Model in Studio 6, Model in Studio 7 et Seated Woman in Sailor Top), sont facilement réduits à différentes combinaisons de cercles, carrés ou triangles. De même, ses sujets-objets - guitares, massues de jonglage, cartes à jouer, téléphones à cadran ou tambourins - sont tellement épurés qu’ils ne sont parfois presque plus des objets du monde réel.

Les répétitions formelles qui parsèment les toiles d’Atassi - comme les petits ronds noirs qui désignent alternativement des yeux, un ballon de plage à pois, des dés, les heures d’une horloge ou les chiffres d’un cadran téléphonique — ne font pas que créer un lien visuel fort entre les sujets et leur environnement : elles ont aussi pour effet d’aplatir l’espace, de créer une confusion entre ce que nous pensons être les arrière-plans et les premiers plans de ses tableaux. Même si elle emploie la perspective à point de fuite pour créer des illusions convaincantes de dimension et de distance, Atassi ne cesse de réattirer l’œil vers la surface de ses toiles, qui révèle une topographie subtile formée de couches de peinture à l’huile pressées contre du ruban adhésif. Ce bras de fer entre les surfaces des tableaux et leurs sujets illustre à merveille la tension entre deux canons picturaux historiquement antithétiques : facture et figuration.

De préférence vus ensemble afin d’apprécier les formes et couleurs répétitives qui jaillissent de chaque peinture, mais aussi d’une peinture à l’autre, les natures mortes et portraits récents d’Atassi appartiennent à une série d’études géométriques interdépendantes en cours. Ces symphonies de formes angulaires et courbes qui, parfois, évoquent des corps, des visages, des objets ou des espaces, sont, pour utiliser les propres termes de l’artiste, « des peintures figuratives qui représentent l’abstraction ».

- Mara Hoberman -