Summer


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Almine Rech Paris a le plaisir de présenter Summer, une exposition de groupe qui aura lieu du 13 juin au 1er août 2020.

En écho au group show Spring présenté chez Almine Rech Shanghai, cette nouvelle exposition parisienne met l'accent sur quelques artistes emblématiques de la galerie parmi lesquels : Karel Appel, John M Armleder, Jean-Baptiste Bernadet, Brian Calvin, Johan Creten, Gregor Hildebrandt, Allen Jones, Alexandre Lenoir, Taryn Simon, Tamuna Sirbiladze, Thu Van Tran et Tursic & Mille.

Summer interroge le geste de l'artiste dans sa dimension jubilatoire, toutes pratiques et générations confondues. Il existe à l'évidence une jubilation à penser l'œuvre, la conceptualiser, en cerner l'intention et en choisir la forme, mais aussi à la réaliser. Ce plaisir peut s'exprimer à travers la couleur, la matière, le geste ou son empreinte... Il induit la beauté intrinsèque de la pièce, mais aussi l'émotion qu'elle suscite. Ajoutons à cela le plaisir de l'artiste à jouer avec les références, les sujets, les catégories chères à l'histoire de l'art devenues au fil du temps non plus une « fin » au sens où l'entendaient les académismes, mais un simple moyen, un prétexte.

Comment traiter ou détourner des motifs plastiques que l'on peut voir comme autant de poncifs : paysages, fleurs ou bouquets, portraits, scènes de genre… Et comment éviter l'écueil qui situerait le travail dans un registre bien délimité celui du réalisme ou de l'abstraction alors que nombre d'artistes situent leur réflexion dans un entre deux, posant la question de l'image et de ce qu'elle représente (ou non) au-delà de son apparence.

Les pièces de Karel Appel, Tursic & Mille ou Jean-Baptiste Bernadet proposent une approche du paysage dont la représentation s'éloigne délibérément de toute volonté naturaliste : Si chez Appel le geste et la couleur en livrent une version expressionniste, Bernadet nous plonge dans une perception sensible de la couleur et de la lumière, alors que Tursic & Mille superposent image trouvée (une photographie de paysage en noir et blanc) et peinture, parsemant la surface du tableau de fleurettes multicolores.

Brian Calvin revisite la tradition du portrait sans en adopter les conventions : ses modèles naissent de son imaginaire ou s'ancrent dans des « stéréotypes », chaque portrait qu'il s'agisse de ses tableaux ou de ses dessins, revendique une neutralité qui combinée à un geste (aplats colorés, hachures) atteint une forme d'abstraction. Il en va de même du grand dessin sur toile de Tamuna Sirbiladze à mi-chemin entre nature morte et abstraction. 

Les tableaux d'Allen Jones et Alexandre Lenoir relèvent de la scène de genre sans aucune ambition narrative, les enjeux pour le premier comme pour le second résidant dans une manière d'investir le grand format, la couleur et le « process », c'est la peinture qui se donne à voir ici au-delà des images agissant comme autant de leurres ou de pièges visuels. 

Dans sa sophistication et son apparente séduction, le tableau de John M Armleder interroge non sans ironie l'histoire de l'abstraction et la notion d'aléatoire derrière lequel se profile l'ambiguïté d'un certain formalisme, le geste (ou son débordement), la couleur éclaboussant la toile, mais il s'affirme simultanément dans une beauté assumée et joyeuse. 

Les fleurs de Johan Creten s'offrent étrangement palpitantes comme autant de sexes féminins, tour à tour tactiles et déliquescentes lorsqu'à peine quelques touches de couleurs font vibrer le blanc laiteux et mortifère du grés émaillé, désirables et hiératiques lorsqu'elles sont recouvertes d'or, énigmatiques lorsqu'elles apparaissent dans l'entrebâillement d'un « cœur » qui évoque une sorte de bivalve... Leur fascinante beauté soulignée par la délicatesse du matériau, la sensualité du modelage perceptible sous la glaçure de l'émail, la subtilité des couleurs et des textures tout ramène ici à la sensualité de la création.

Le bouquet de tournesols qui flotte à la surface d'une des grandes pièces de Gregor Hildebrandt constituée de bande magnétique juxtaposées relève de l'apparition... L'artiste en le photographiant en a capté le reflet évanescent, mais l'image fait immédiatement surgir d'autres bouquets ou d'autres artistes, de Van Gogh à Gerhard Richter. 

Dans la série « Paperwork and the Will of Capital », Taryn Simon reconstitue fidèlement à partir de documents d'archives les compositions florales qui accompagnent et mettent en scène la signature d'accords et de traités économiques, stratégiques ou militaires. Ces dernières semblent régies par des critères révélant une sorte de langage « politique » des fleurs qui échappe à l'observateur.
C'est encore cette dualité des apparences sous-tend les grands dessins de Thu Van Tran associant beauté et tragédie. 

 

Françoise-Claire Prodhon