Paul de Flers

Green Street


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« La nuit américaine » est une technique cinématographique permettant de tourner en plein jour des scènes d’extérieur censées se dérouler de nuit. De la même manière, les nouvelles peintures de l’artiste Paul de Flers présentées dans le Front Space de la galerie parisienne du Marais sont une invitation à la tiédeur d’un soir d’été. Cette sensation se démarque dans ses œuvres par un ciel sombre et un éclairage contrasté où ressortent des sources lumineuses, avec une forte dominante verte et bleue. 

Pour l’exposition Green Street, Paul de Flers peint des paysages imaginaires nocturnes ou crépusculaires dont les tons chauds de l’orange, violet et bleu outre-mer nous transportent dans un environnement sauvage à la nature luxuriante. Ici la nature reprend ses droits, les chiens sauvages paraissent humains, adoptant des attitudes, un caractère socialisé telle une bande organisée, maitresse des lieux.

A l’inverse, les figures humaines se figent, mystérieux personnages rigides érigés en éléments sculpturaux sur leurs socles rocheux, dont on devine la silhouette de profil, témoins de leur environnement auquel ils impriment leur échelle. 

A l’instar de la littérature oulipienne qui expérimente l’écriture à partir de contraintes formelles arbitraires, Paul de Flers se plait à peindre sous contrainte, guidé par les taches de pinceau sur sa toile déjà utilisée ou maculée volontairement, aléatoirement. La narration est multiple, se lit dans tous les sens et il n’est pas rare de retrouver plusieurs strates cachées sous la surface de l’œuvre.

Une toile vierge ne l’est jamais vraiment, elle est défrichée, rythmée arbitrairement par des taches de peintures, poncées au papier de verre jusqu’à céder, éreintées telles des palimpsestes. 

Par ce procédé de retrait, la toile perd en matérialité ce qu’elle gagne en transparence donc en lumière, tels ces ex-votos qui ponctuent l’exposition et dont les fines feuilles de métal refont surface après des siècles.

Petites scènes pieuses, très populaires au Mexique depuis le 16ème siècle, les ex-votos parlent de dangers et de miracles. Phénomènes que l’on découvre aussi dans l’œuvre de Paul de Flers, à travers un glissement qui s’opère entre les éléments, où un arbre peut devenir un nuage dans un ciel, une figure humaine peut se figer, glacée comme une sculpture, un fauve prend des allures humaines. 

Dans cette exposition, Paul de Flers créé un dialogue tacite entre ses toiles et cette composition d’ex-votos mexicains avec lesquels il partage une même sensibilité pour les récits symboliques, les tons feutrés et les points de fuite.

- Milena Oldfield