Matthias Bitzer

Anatol Echo


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Un écho se forme lorsque les résonances d’une onde sonore sont à ce point ralenties que leur vibration est perceptible comme un phénomène acoustique distinct. C’est ainsi que la nymphe Echo issue de la mythologie antique, malheureuse dans son amour pour Narcisse, est condamnée à répéter à jamais les derniers mots qu’elle entend.

C’est à la résonance de sons familiers et à la perpétuation d’images passées que s’intéresse Matthias Bitzer dans ses œuvres actuelles (peintures, sculptures, dessins), réunies dans une vaste installation qui se déploie au sein du nouvel espace parisien de la Galerie Almine Rech. C’est donc comme un signe de rejet de la primauté de la temporalité linéaire qu’il faut lire le fragment poétique cité par l’artiste « You reflect everything and your reflection is in everything » (Vous reflétez tout et votre reflet est en tout). L’enchevêtrement du passé et du présent, la remise en lumière d’un moment que l’on croyait déjà révolu rappellent la notion d’« à-présent » de Walter Benjamin.[1] La multiplicité de ces facettes se reflète dans Phosphor Notes, une installation murale de Bitzer qui évoque des atlas, voire des journaux intimes  illustrés. Même après une observation approfondie, ces pièces conservent leur caractère énigmatique et ne révèlent que de manière sporadique les traces de leurs sources apparemment hétérogènes. L’intérêt de Matthias Bitzer pour les questions d’authenticité et de construction de la vérité, son exploration des structures de formation d’une personnalité plurielle et des réseaux d’identité masqués sont représentés par un personnage qui, dans cette exposition, semble paradigmatique : Anatol, le protagoniste de la pièce en un acte du même nom d’Arthur Schnitzler publiée en 1893.[2] Ce dandy viennois vit diverses aventures amoureuses sans espoir dans l’ambiance mélancolique de la fin-de-siècle et désespère de trouver un amour stable, une vérité absolue. La fragmentation kaléidoscopique de son ego provoquée par l’ivresse de l’illusion tourne infatigablement autour de ces mêmes idées. La lamentation du Faust de Goethe, « Deux âmes, hélas, se partagent mon sein », traverse l’œuvre tel un leitmotiv.[3]

Sa tentative d’échapper au tourbillon de la vie, avec sa multitude de modèles et d’attentes, aboutit le plus souvent à un rapprochement de son propre soi via des carrefours marquants, des bouts de chemin biographiques mémorables ainsi qu’une réflexion constante de son ego changeant. L’immobilisme est une illusion. Le va-et-vient perpétuel du temps qui passe se répète de manière cyclique – la rotation de la terre le prouve : tout est en mouvement.

Ursula Ströbele

Traduction par Patrick Lennon

[1] Voir notamment Walter Benjamin, Gesammelte Schriften, vol. V: Das Passagen-Werk, éd. Rolf Tiedemann, Frankfurt/Main, 1982, p.591 sq.

[2] Arthur Schnitzler, Anatol, Berlin, 1893.

[3] Johann Wolfgang von Goethe, Faust, Tübingen, 1808.

'Anatol / echo', a text by Ursula Ströbele :
http://alminerech.defiris.com/oe3NdtjrdC