Michaela Meise

Michael


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« bonjour mes chéris. je me réjouis d’enfin faire votre connaissance en personne. il n’y a qu’une chose qui me dérange chez vous. ce sont toujours les autres qui ont tort. vous devriez faire plus attention lorsque vous tombez dans les escaliers, que vous vous faites écraser ou que vous perdez votre emploi. »

Elfriede Jelinek, Michael [le fils de la protagoniste Inge Meise, note de l’auteur], un livre pour les jeunes sur la société infantile, Hambourg, 1972.

MICHAEL, le titre de la première exposition personnelle de Michaela Meise à la Galerie Almine Rech, Bruxelles, est également le sujet d’un motif coloré au style enfantin. Le mot – composé à l’aide de lettres Barbapapa – a été moulé en peinture à cette occasion.

Mais que fait MICHAEL ici ? C’est l’alter ego de l’artiste Michaela. Un homme ? La lettre « A » manque. Alors cherchons ce « A » et découvrons ce que signifie cet espace vide !

Das schwache Haus (2007 ; La maison fragile), qui consiste en deux grandes planches dressées l’une contre l’autre, ressemble à un « A » – sans le trait horizontal. MichaelA… Par cette analogie formelle entre la sculpture et les lettres ou les signes, les autres sculptures me semblent, malgré la grande simplicité de leur construction, plutôt surréelles et symboliques. Ainsi, Umgedrehte Satztische (2007 ; Tables gigognes renversées) est un objet qui, dans un autre environnement, ressemblerait à un scarabée sur le dos qui se débat, impuissant. La troisième sculpture de l’exposition, Trans Column (2009), est la seule à ne pas être en noir, mais en couleur : des tiges jaillissent d’une base ronde, dépassant la tête des visiteurs. Presque comme un tabouret de bar renversé. En tout cas, une colonne instable qui a été retournée.

Les sculptures de Michaela Meise ont souvent été mises en lien avec le minimalisme des débuts en raison de leurs matériaux et de leur construction. Je me passe volontiers de cette interprétation. Ce qui ne peut être omis, par contre, c’est que ces sculptures n’ont pratiquement pas de référents. Comme un alphabet étranger. Ou le décor d’un état mental.

Il n’est pas non plus aisé de catégoriser l’esthétique de réalisation de ces œuvres d’un point de vue de l’histoire de l’art. C’est plutôt l’idée de l’artiste amateur qui semble prédominer ici : l’œuvre échappe donc à d’autres analyses esthétiques. Certaines de ses expositions et sculptures précédentes – Liegende (2007 ; Figure couchée), Zunge (2007 ; Langue), Tür auf Tür zu (2007 ; Porte ouverte porte fermée), etc. – témoignaient déjà de cette tendance. C’est le mouvement, la disposition des sculptures qui semblent communiquer entre elles et leur état apparemment instable et fragile qui, avant tout, me font penser à un jeu : un jeu de positions, de renversements, de matériaux ainsi que sur la notion d’auteur. L’omission de la lettre « A » en fait également partie et constitue un jeu sur l’identité. En allemand, le féminin est souvent composé en ajoutant un « A » au masculin (je ne sais pas ce que je devrais en penser !). En omettant cette lettre, l’artiste va à l’encontre de l’alter ego des artistes féminines.

Ce n’est pas la première fois que Michaela Meise concentre ses recherches artistiques sur la perception des rôles professionnels. Il y a notamment des photos d’elle en tant que jeune mère (fictive), des photos de l’artiste (fictive) Meise dans son atelier mais également, et de manière récurrente, des vidéos et des photos de performances dans lesquelles elle se met en scène en tant qu’artiste, muse ou danseuse, ou prend des poses inhabituelles d’autres personnes.

Dans ce sens, la lettre « A » ne manque pas ici. Elle est comme une clé perdue. L’idée d’Arthur Rimbaud selon laquelle « Je est un autre » vaut autant pour l’artiste que pour ses sculptures.

Kirsa Geiser