Vaughn Spann

Reflections: Refractions


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Pour cette nouvelle série de peintures, Vaughn Spann s’est plongé dans la matérialité et le mouvement : il pousse ainsi le regardeur à considérer ses œuvres autant dans une forme de pause, voire de contemplation, qu’à travers une dynamique liée à l’expressivité de son geste. Preuve aussi que le sujet ou le motif forment une base lexicale réutilisable à l’infini. Fortes en couleurs, les œuvres de Marked Man présentées dans cette exposition se découvrent dans une multiplicité composée de deux panneaux d’une dimension totale de plus de six mètres. Les tons s’opposent et se répondent, des bleus et violets profonds aux oranges et roses pétillants, créant des rythmes et mouvements qui brouillent les pistes et rendent l’image plus abstraite. Vu de côté, on remarque l’épaisseur de l’empâtement et l’on ressent bien le plaisir que Spann a pris à le travailler. Il cite Bram Bogart dans une sorte d’hommage à sa peinture très physique, à sa construction quasi sculpturale : comme chez le peintre belge, l’œil est attiré par le formalisme de la pièce - même si, bien sûr, le ‘X’ de Vaughn Spann exprime toujours quantité d’interprétations et de symboles. De la détermination sexuelle conditionnée par les chromosomes, notamment féminins lorsqu’ils se dédoublent, en passant par la simple croix qui sert de signature aux illettrés, ce signe est toujours engagé. Mais dès ses premières réalisations, cette consonne a aussi permis à Vaughn Spann de se pencher sur des questions conceptuelles et esthétiques ; aujourd’hui, il la conçoit davantage dans sa sérialité. Ses compositions infinies de tons apparaissent dans des grilles fluides qui le placent autant dans la lignée de la peinture Color Field que du minimalisme. Spann apprécie particulièrement la couleur pour ce qu’elle apporte au-delà des considérations de symbolisme ou d’iconographie, lorsqu’elle vibre et avance vers le regardeur.

Il insiste sur la liberté de création, et elle transparaît clairement dans ces nouvelles toiles. En regardant la série des ‘X’ de Vaughn Spann, avec leurs lignes urgentes et dynamiques, leurs couleurs vives, leurs effigies de fleurs ou de masques et leurs références historiques (il y a peu de hasard, comme dirait Lacan), on peut se surprendre à penser - par leur structure et leurs tons vifs – aux moulins à vent de Piet Mondrian. D’autant plus que l’on connait l’importance que Spann accorde au temps qui passe et à la fugacité de la vie. Ainsi, sans créer ni véritablement imposer de sujets, il traite de la perte et parfois de la mort, symbolique ou réelle, mais aussi d’une forme de résurrection, d’une joie qui explose formellement à la surface du tableau.

- Marie Maertens, critique d'art