Alex Israel

Rosebud


Download

Almine Rech | Paris, Matignon a le plaisir de présenter la dernière exposition personnelle de l'artiste Alex Israel, basé à Los Angeles, Rosebud, qui se tiendra du 18 Octobre au 13 Novembre 2021 à la galerie.

Pour sa première exposition dans l’espace parisien de la galerie Almine Rech à l’avenue Matignon (sa quatrième avec la galerie), Alex Israel poursuit son exploration de Los Angeles et de ses mythes. Hollywood, le plus fabuleux d’entre eux qui met en scène des demi-dieux et des héros populaires reste la plus grande machine industrielle de notre imaginaire médiatique.

Au cœur de cette histoire de l’illusion gît le chef d’œuvre ultime du 7ème art : Citizen Kane.

Ce premier film réalisé en 1941 par Orson Welles qui en est à la fois le producteur, scénariste et acteur principal, met en scène la vie et la mort de Charles Foster Kane dans son palais de Xanadu. Le scénario est considéré comme une biographie officieuse inspirée du célèbre magnat de la presse William Randolph Hearst.

L’exposition d’Alex Israel est pensée autour d’une seule pièce qui se réfère au film : une reconstitution du fameux « Rosebud » devenu l’accessoire cinématographique le plus célèbre de l’histoire. Cet objet dont le nom est prononcé dans la scène d’ouverture du film par Kane dans son dernier souffle est le fil rouge mystérieux du film, l’énigme que le long-métrage révèlera petit à petit.

L’objet Rosebud (la fleur bouton d’or en français) est un traineau en bois, une sorte de luge à l’assise peinte en rouge qui appartient au jeune Kane. Symboliquement il évoque l’objet transitionnel qui renvoie à la perte de l’enfance et de son innocence au passage à l’adolescence et au monde adulte. Rosebud incarne le rite de passage de l’un à l’autre. Kane, alors enfant dans le film, joue avec Rosebud au moment où il apprend qu’il doit être séparé de ses parents. Kane adulte, l’un des hommes les plus puissants, se le remémore au moment de sa mort. Dans le film l’objet qui symbolise le traumatisme de la rupture familiale et le deuil de l’enfance est finalement brulé comme un vulgaire détritus après le décès du personnage principal.

Alex Israel a choisi de suspendre au plafond une réplique de Rosebud réalisée dans les ateliers des décors des studios Hollywoodiens de la Warner Brothers. L’accessoire, désormais œuvre d’art, flotte dans l’air devant un mur blanc qui semble infini. L’artiste a fait construire un Cyclorama, une architecture circulaire qui originellement cache le fond et les côtés de la scène d'un théâtre et sur laquelle se font des projections. A Matignon la forme courbée rappelle celle d’une rampe de skate board mais renvoie également à un paysage neigeux, aux flancs d’une colline sur laquelle la luge glisserait ou même volerait sans fin.

Ce n’est pas la première fois que l’artiste reproduit des accessoires de films. On avait pu apercevoir le faucon maltais de John Huston, l’idole en or d’Indiana Jones, les tickets d’or de Willy Wonka & the Chocolate Factory, (Charlie et la chocolaterie) ou l’œuf de cristal de Risky Business avec Tom Cruise. Ces deux derniers films renvoient également à l’enfance et l’adolescence comme source de multiples rites de passage.

Mais cette reproduction à l’identique d’un objet trouvé renvoie également à la légende Duchampienne du Ready Made. Comme l'écrivait André Breton en 1938 dans son Dictionnaire abrégé du surréalisme, un ready-made est un « objet ordinaire promu à la dignité d'un objet d'art par le simple choix de l’artiste ».

L’installation suspendue de « Rosebud » s’inspire des premières images de l’atelier Américain à New York de Marcel Duchamp en 1917 à la 33 West 66 street. On y aperçoit un porte manteau et un urinoir accrochés au plafond. Enfin, quand on évoque la luge dans l’art contemporain, on est évidemment rappelé à celles de Joseph Beuys. Lors de la Seconde Guerre mondiale, l’avion qu’il pilotait a été abattu en Crimée et la légende raconte qu’il a sauvé sa vie grâce à des Tatars qui l’ont extirpé de son appareil, enduit de graisse, enveloppé dans une couverture de feutre et déplacé sur une luge pendant qu'il se remettait de ses blessures. La luge fait figure de trousse de survie en cas d’expérience traumatisante, tout comme Rosebud est celle de Citizen Kane.

Si le Rosebud d’Alex Israel est une réplique en trompe l’œil faux bois de celle de Citizen Kane qui elle-même est la réplique d’une vraie luge, il existe néanmoins un exemplaire original qui appartient au réalisateur Steven Spielberg.

« En fait, il y avait trois traîneaux en bois parce qu'Orson Welles avait imaginé que le Rosebud serait dévoré par les flammes, se remémore le cinéaste. Après la deuxième prise, Orson s'est montré satisfait. La troisième réplique a donc été conservée et c'est elle que j'ai pu acquérir lors de la vente organisée par Sotheby's, il y a maintenant plus de trente ans ». Hasard des calendriers, le réalisateur a finalement fait don de l’accessoire au tout nouveau Academy Museum of Motion Pictures dont l’architecture est signée Renzo Piano (l’un des architectes du Centre Pompidou) qui a ouvert ses portes le 30 septembre 2021 à Los Angeles.

L’installation d’Alex Israel renvoie le spectateur à ses propres mythologies, souvenirs d’enfance entre illusions et réalité et constructions mentales. A chacun de se remémorer son « Rosebud », (comme nous avons tous notre propre talon d’Achille, fardeau ou madeleine de Proust).

En parallèle à l’installation, certains shaped canvas qui reprennent la forme du profil du visage de l’artiste sont exposés à l’étage inférieur. On y retrouve les thèmes chers à l’artiste: paysages californiens, culture du surf et architecture hollywoodienne.

— Nicolas Trembley