Umar Rashid

Ancien Regime Change part 2. En Germinal : Les printemps de guerre.


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Almine Rech Paris a le plaisir de présenter Ancien Regime Change Part Two. En Germinal : Les Printemps de Guerre, première exposition personnelle d’Umar Rashid, artiste de Los Angeles également connu sous le nom de Frohawk Two Feathers. Elle se déroulera du 13 avril au 4 mai 2022 de 11h à 20h.

Dans Ancien Regime Change Part Two. En Germinal : Les Printemps de Guerre, nous sommes en 1796 ; l’Empire franglais créé par Rashid a envoyé des officiers en mission de reconnaissance coloniale, à la découverte de nouveaux territoires et pays à conquérir. Contrairement à nombre de ses expositions, dont les événements fictifs se déroulent sur les lieux mêmes de la galerie (une expo à Los Angeles, par exemple, pourra être consacrée aux guerres imaginaires entre les autochtones Tongva de la région et l’Empire franglais), Rashid fait ici sortir les sujets hors des frontières de l’hexagone, jusqu’aux franges de l’Empire franglais. On y suit des batailles dans quatre lieux différents : la Frangleterre mène des incursions dans de nouvelles terres pour étendre son domaine colonial et consolider son rôle de superpuissance.

Québec, Nouvelle-Calédonie, Mauritanie et Martinique : les armées franglaises font face à différents défis, fonction de la diversité des lieux, des conditions météorologiques, du terrain et de la résistance rencontrée. Les immenses tableaux à l’acrylique de Rashid figurent des scènes vivantes et lumineuses, marquées par son habituelle cacophonie de couleurs, de textures, de figures stylisées, de déviations historiques et de culture pop, comme toujours pleines d’esprit et d’humour mordant. Chacun des lieux forme le cadre de différentes batailles mettant en scène à la fois paysages naturels et résistance qui se soulève pour combattre les Franglais affaiblis. En Nouvelle-Calédonie, où la marine franglaise fait escale pour ravitailler, les Kanaks les attirent au sommet d’un volcan ; en Martinique, le peuple livre une bataille côtière contre la puissance maritime franglaise avec l’aide de Maman Dlo. En Mauritanie, les armées franglaises tentent d’établir des comptoirs commerciaux, mais leurs canons s’enlisent dans le sable alors que s’engage un duel avec une riche guilde de marchands mauritaniens. Et au Québec, dans un paysage balayé par une tempête de neige, les indiens Abénaquis affrontent le déferlement des forces franglaises au milieu des rayons lasers, sous le regard de créatures des neiges fantastiques.

Ce va-et-vient constant entre humour et contestation traverse l’ensemble du travail de Rashid. Il suffit de lire les titres de ses toiles ou d’en observer une petite partie pour s’en convaincre. On y trouve aussi des associations cosmologiques : dans le tableau calédonien, un prêtre, bébé Kanak dans les bras, plane de manière inquiétante au-dessus d’un volcan, tandis qu’un duo de Christs noir et blanc consternés le contemple des hauteurs depuis leurs Pontiac Firebird et Peugeot respectives.

Ce nouvel épisode de Ancien Regime Change constitue le deuxième volet d’une série de six expositions connexes. Part Two fait suite à une exposition à la Half Gallery de New York (intitulée Ancien Regime Change: Part One. Can You Dig It? A Dirge For Cyrus And His Band Of Warriors) et précède celle de la Galerie Cokkie Snoei de Rotterdam (intitulée Ancien Regime Change: Part Three. The Man who Sold the World), consacrée à la Compagnie néerlandaise des Indes orientales. Comme le suggère le titre de la série (Ancien Regime Change), l’artiste raconte l’ultime changement de régime précédant une série de révoltes anticoloniales, et suivi d’une résurgence de l’empire et de l’impérialisme. Il décrit une période transitionnelle pour la Frangleterre et le monde, au cours de laquelle les colonisateurs tentent désespérément de se raccrocher à leur pouvoir alors que les royaumes autochtones luttent pour préserver l’autonomie, l’indépendance et la sécurité de leurs peuples et de leurs terres.

Umar Rashid a imaginé cette union entre la France et l’Angleterre il y a plus de dix ans, et façonne depuis lors l’histoire de cet empire. Conteur magistral et passionné d’histoire, il nous donne à voir des récits inspirés de faits réels, mais repensés et remis au goût du jour - non pas pour redresser les torts de l’histoire, mais plutôt pour explorer et mettre en lumière certains de ses aspects méconnus. Il recentre aussi l’attention du regardeur sur les révoltes, rébellions et soulèvements des populations colonisées et asservies, remettant ainsi les peuples de couleur au cœur de l’histoire pour réinventer les structures de pouvoir et interroger la construction sociale même de la race.

Rashid illustre les luttes actives contre le projet colonial en offrant toujours quelques belles victoires aux mouvements de résistance. Ses tableaux mettent à l’honneur les visages, les voix et les histoires de peuples victimes de la colonisation et de l’esclavage, ceux dont on parle si peu dans les livres d’histoire. Rashid ne se contente pas non plus de les dépeindre en victimes : ils sont maîtres de leur destin, actifs, armés et dangereux. Dans l’une des toiles, Rashid sert lui-même de modèle pour Harlem Carl (quasi-anagramme et clin d’œil à Charlemagne) dans un autoportrait subtil qui lie inextricablement présent et passé, comme il le fait conceptuellement dans l’ensemble de son œuvre. À travers son art, il encourage le regardeur à questionner ce qu’il pense savoir de l’histoire ; il mêle allusions historiques et récits imaginaires, il fusionne savoir réel et fantastique pour porter un nouveau regard afro-futuriste sur le continuum temporel.

Avec son concept de Frangleterre, Umar Rashid ne revendique pas pour autant la moindre supériorité morale par rapport à la France ou à l’Angleterre. Comme il le dit lui-même, « Pour créer ces narratifs, j’apprends beaucoup, et j’applique mes connaissances. En réalité, ce que je cherche, c’est à savoir pourquoi ces événements se sont produits, et à faire comprendre qu’ils sont formidablement complexes et nuancés. Il ne s’agit pas de porter un jugement, mais plutôt de proposer un pot-pourri de ce qui s’est passé pendant toute cette période de révolte, même s’il est impossible de ne pas juger le passé au regard du présent. Mon voyage dans l’inconnu de notre avenir collectif va donc se poursuivre indéfiniment : je reste engagé dans la découverte et l’action. »

Natif de Chicago, l’artiste Umar Rashid est diplômé en cinéma et photographie de la Southern Illinois University. Ses œuvres figurent dans de nombreuses collections muséales, dont le Brooklyn Museum, le Hudson River Museum, le Nevada Museum of Art, le Santa Barbara Museum of Art, le Wadsworth Atheneum Museum of Art ou le Zeitz Museum of Contemporary Art Africa du Cap (Afrique du Sud). Il a exposé dans le monde entier, notamment au Los Angeles County Museum of Art, chez Blum & Poe, à la Half Gallery et dans Made in L.A. 2020: A Version au Hammer Museum et à la Huntington Library. Rashid vit et travaille à Los Angeles.

- Ellen C. Caldwell, écrivaine et historienne de l'art