Brent Wadden

René


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Du 8 janvier au 5 mars 2022, Almine Rech Paris est heureuse de présenter la quatrième exposition de Brent Wadden à la galerie.
À cette occasion, l’artiste dévoile une douzaine de pièces réalisées fin 2021.  

Dans son apparente simplicité, son élégance, l'œuvre de Brent Wadden assume sa vocation décorative. Cette absence de préjugé est étroitement liée au parcours de l'artiste et à ses références. 

Interrogé sur ce qui fonde son travail, Brent Wadden évoque la Nouvelle Écosse, région dans laquelle il a grandi et étudié, où l’art populaire est partie intégrante du tissu social et occupe une place importante dans les musées locaux. 

Cette imprégnation précoce à l’art populaire et aux “crafts” explique son goût pour le vernaculaire : Brent Wadden cite pêle-mêle les productions de Gee’s Bend en Alabama (l’une de ses premières fascinations), les boro japonais et les tapis Boucherouite marocains. Ces productions (quilts, tissages, pièces de tissus, vêtements, tapis) bien que d’origines différentes ont en commun une évidente liberté de conception, un rapport aux matériaux empreint de modestie et relèvent d’un savoir-faire, souvent autodidacte, ces créations induisent aussi une relation à la lenteur du travail manuel à mille lieux de notre rapport contemporain au temps ; caractéristiques qui s’appliquent parfaitement aux oeuvres de Brent Wadden. 

Formé au dessin et à la peinture, l’artiste n’ignore rien des recherches du Bauhaus, ou de l’histoire de l’abstraction géométrique, si il a d’abord été un peintre, le tissage s’est imposé assez “naturellement” dans sa pratique, jusqu’à en occuper tout le champ. Comme d’autres artistes contemporains, notamment l’américaine Andrea Zittel, Brent Wadden revendique un type de production qui pourrait être assimilé à un artisanat d’art et pose la question d’une possible porosité entre art et arts décoratifs, ses grands tissages tendus sur toile évoquant tapisseries et autres tentures regardées comme autant d’hybrides entre oeuvres d’art et éléments de mobilier… 

Jouant de cette ambiguïté, l’artiste exprime son ancrage dans l’art contemporain en faisant de la question du protocole et du “process” l’axe de sa réflexion. 

Au-delà de la beauté de ses pièces, de leurs géométries subtiles et de leurs savantes variations chromatiques, c’est à leur élaboration qu’il nous renvoie.

Et en premier lieu aux matériaux et outils qu’il utilise (fils, métiers à tisser) tous sourcés et achetés dans des boutiques et sur des sites web de seconde main provenant de stocks inutilisés auxquels il va offrir une seconde vie. 

Cette manière de collecter des matériaux le conduit à accepter de faire avec ce qu’il trouve, puis à envisager ses compositions en admettant qu’une couleur de fil puisse venir à manquer en cours de tissage, ce qui occasionne un éventuel changement de grosseur de fil, de texture ou de couleur… Cette capacité d’adaptation est l’une des composantes du travail au même titre que les aléas du tissage : difficulté d’alignement d’un panneau à l’autre, légère distorsion des formes, infimes accidents que Brent Wadden s’emploie à estomper ou à intégrer à ses compositions. Cette part de hasard acceptée et à peine perceptible pour l’observateur, rappelle que le métier à tisser ne permet pas de voir la pièce en totalité tant qu’elle n’est pas achevée, autrement dit “tombée de métier''. 

Ces légères irrégularités distinguent les pièces tissées de Brent Wadden d’une production mécanique qui revendique sa perfection. Dans leur déclinaisons de formes, de couleurs, leurs textures, leurs assemblages les œuvres de Brent Wadden révèlent d’infimes variations, soumises à un aléatoire qui renvoie à une manualité et lui donne sa poésie. Faussement systématiques, ouvertes au sensible, gracieuses et puissantes, elles échappent aux catégories tout en s’inscrivant à la fois dans une réflexion sur l’abstraction et dans une volonté d’inscrire les techniques liées aux arts décoratifs dans les pratiques de l’art contemporain.

— Françoise-Claire Prodhon, critique d'art et historienne