Amanda Wall

Butterflies


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Une silhouette étendue, main derrière la tête, tête tournée de côté comme pour vous regarder, le cou tordu. Longues jambes maigres, puis grands pieds, déployés face au spectateur, sur un fond de couleur brumeux, avec cette dynamique de la perspective déformée pour laquelle Wall s’est fait connaître. Pieds qui s’avancent vers vous, directement, orteils qui tiendraient dans votre bouche. « Il y a évidemment un aspect fétichiste dans mon travail. C’est une esthétique que j’aime vraiment, elle interroge les limites de l’intimité », explique Amanda Wall. La peau, les mains, les pieds sont lisses, avec une qualité quasi-caoutchouteuse, mais pas comme la chair troublante des robots sexuels réalistes. On a ici un être vivant et respirant, ça se voit. Les peintures de Wall ont une esthétique humide qui les situe quelque part dans le domaine du gloss. Le lustre de son travail lui donne de la profondeur. C’est l’idée. Il y a cette profondeur luisante dans le portrait qu’elle fait d’un visage. Il y a cette profondeur luisante dans la manière dont Wall peint ses arrière-plans, champs de couleurs où flottent les personnages. Dans un autre tableau, la figure aux longues jambes s’étend encore, cette fois-ci dans une bouée gonflable. Rouge et rose, le jouet n’est ni donut ni flamant rose. D’un côté de la toile, un effet de clair-obscur : les ombres créent une impression d’espace tridimensionnel, la figure est plutôt réaliste ; de l’autre côté, moins de contraste, c’est plus pictural. Wall explore cette idée de mondes divisés, bifurcation du temps ou de l’espace, avec pour seuls témoins ce visage au ruban qui vous fixe d’un seul œil pénétrant, et ce corps accroupi. Avec cette profondeur luisante, une main, les ongles vernis d’un vert écume patiné, tient un verre d’eau. Le verre est réaliste, presque hyperréaliste, mais contient une tulipe rouge bien trop grosse pour lui. Une tulipe rouge qui s’affaisse, telle une énorme cerise sur sa tige noire et flasque, rouge sang, accrochée là sur un fond de couleur vert menthe. Le réel cède à l’irréel. Quelque chose de fictif, d’imaginé, à côté de quelque chose que je crois avoir pu voir. Ici, il y a la place pour les deux… et on ne sait jamais exactement où se situer.

– Lauren Fournier, curator