Mehdi Ghadyanloo

To You from the Sun


Download

Mêlant dans ses toiles en trompe-l’œil thèmes minimalistes et esthétique surréaliste, faisant tantôt usage de peinture acrylique, d’huile ou d’aquarelle, Mehdi Ghadyanloo (né à 1981 à Karaj, Iran) a débuté sa carrière comme muraliste à Téhéran au début des années 2000 où, à la suite d’un appel à projet lancé par la municipalité, il réalise près de mille gigantesques peintures murales— paysages oniriques ou scènes de science-fiction.

Conçue par le Shah comme une ville moderne dédiée à la voiture et copiant le modernisme occidental un peu à la manière de Los Angeles, Téhéran est alors en proie à de grands travaux de modernisation, brusquement suspendus par la révolution islamique. C’est ainsi que de nombreux bâtiments ne se retrouvent qu’à moitié construits ou présentent seulement une ou deux façades visibles et des grand espaces vides, un support idéal à la composition de peintures murales.  Au lendemain de l’instauration du nouveau régime, l’accent est mis par les autorités islamiques sur deux types de muraux de propagande : ceux des martyrs de la Révolution aux narrations sanglantes et héroïques, et ceux s’inspirant du réalisme socialiste alors en vogue en Union Soviétique. C’est dans ce contexte politique et esthétique très particulier que Mehdi Ghadyanloo développe ses fresques en trompe-l’œil d’inspiration surréaliste, souvent ambigües, toujours rêveuses, et qui représentent une révolte utopique contre la grisaille du quotidien—un ciel bleu face à la pollution ambiante, des arbres et des chevaux là où il n’y a que du sombre béton. Comme le remarquait avec tendresse et humour Agnès Varda, dans son docu-menteur de 1981 sur les muraux de Los Angeles intitulé Mur Murs  : « Les murs qui avaient déjà des oreilles, ont des yeux et une bouche — ils disent tout ».

C’est à l’aide de cette technique du trompe l’œil héritée de sa pratique de muraliste, que Mehdi Ghadyanloo a composé ses toiles récentes, et ces dernières prennent ainsi la forme de boîtes carrées à l’imagerie onirique et au rendu hyperréaliste. Elles reflètent par leur aspect architectural le questionnement de l’artiste sur la manière de concevoir et de représenter un espace sur la toile, et ce non sans évoquer les constructions picturales et métaphysique d’un Giorgio de Chirico. La minutie technique de Ghadyanloo nous rappelle d’ailleurs qu’il a fait ses armes de jeunesse comme peintre de miniatures persanes en Iran. Chacune de ses peintures- boîtes révèle le brio avec lequel il dupe notre regard et notre discernement de la réalité. Là où nous croyions voir une surface plane apparait un espace grillagé ou un dédale de toboggans ; ici où nous remarquions la peinture close, voici qu’un halo de lumière semble la transpercer. Car justement, ombre et lumière se chevauchent et se provoquent sans cesse sur les toiles de Mehdi Ghadyanloo, et la symbolique du passage de l’obscurité à la clarté est au cœur de sa pratique. Tous les éléments qu’il dépeint dans ses toiles — échelles, grillages, trous dans le plafond — sont autant de procédés pour représenter l’échappatoire et l’espoir. Cette recherche iconographique spirituelle semble ainsi faire écho à la poésie persane et plus particulièrement aux écrits du célèbre poète Rûmî (1207-1273), dont l’œuvre est parsemée de références à la lumière, à l’élévation et au triptyque inspiré de la philosophie soufi qui combine le vide, le minimal et le spirituel.

- Martha Kirszenbaum
 

O toi lune qui t’es levée
Dans les ténèbres de la nuit
Maintenant la lueur de ses lampes
A vaincu l’éclat du soleil[1]

 

[1] Rûmî, Cette Lumière Est Mon Désir : Le Livre de Shams de Tabrîz, Poésie Gallimard : 2020.