Marcus Jahmal

Solid Ghosts


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La Galerie Almine Rech est heureuse de présenter, pour la première fois à Bruxelles, une exposition de Marcus Jahmal.

 

L’histoire de Marcus Jahmal est radicalement contemporaine et pourtant, en empruntant des diagonales inédites, elle rejoint aussi les fondements de l’art moderne.

C’est à l’occasion d’une exposition dans un espace indépendant de Brooklyn que Marcus Jahmal est d’abord remarqué à New York en 2016. Autodidacte, issu d’une famille de musiciens de jazz, Marcus Jahmal grandit à Prospect Heights. Alors qu’il travaille dans une start-up de jeux vidéo à Chelsea, il découvre l’art contemporain dans les galeries environnantes. Il peint alors des petites œuvres sur papier qu’il distribue à ses collègues, et quand il quitte l’entreprise, il prend la décision de se consacrer à l’art. Il commence par rejoindre un collectif qui tague les rues de Soho. Ensemble ils s’étendent vers Bushwick et Williamsburg. Cette période permet à Jahmal de progressivement se forger une signature formelle. Il s’inspire d’un masque d’Halloween représentant un taureau et crée le personnage de Bully qui permettra le début de la reconnaissance de son travail d’artiste et conduira à des expositions au Japon et aux Pays-Bas. Parallèlement, il crée CLR Therapy, une marque de vêtements dont il reste le directeur artistique.

Ses premières séries sont essentiellement consacrées à des intérieurs. Caractérisées par des couleurs vives et profondes, elles représentent des espaces déformés par des perspectives biscornues essentiellement habités d’éléments décoratifs. Papiers peints, miroirs et peintures créent des images dans l’image alors que des colonnes doriques, une guitare ou des bouteilles de vin jouent avec les codes de la peinture moderne, du cubisme à l'expressionnisme.

Parfois une silhouette ou une succession d’évènements (le chat qui fuit, la bouteille renversée) apportent une dimension narrative à la composition. De retour d’un long séjour dans une région rurale du Texas où vit une partie de sa famille, Jahmal ouvre son espace pictural, d’abord à l’imaginaire en partant de réminiscences oniriques puis vers les arts premiers qu’il a approché par l’intermédiaire de l’art moderne.

Les peintures qu’il présente chez Almine Rech à Bruxelles appartiennent à cette dernière série. Les intérieurs ont fait place à des paysages rêvés où se mêlent la jungle, la savane et le désert. Composés de grands aplats aux contrastes à la fois violents et flamboyants ils tendent vers une abstraction sèche de laquelle surgissent des personnages et des masques, des shamans ou des fauves. Visions hallucinatoires et oniriques, les nouvelles peintures de Marcus Jahmal témoignent de l’intérêt récent de l’artiste pour la culture Dogon dont on reconnaît quelques masques. Comme ses prédécesseurs, fauvistes, cubistes et expressionnistes, Jahmal va puiser, au-delà même de l’Afrique - les tigres et parfois une rizière évoquent l’Asie, les squelettes, le Mexique – une puissance à la fois incantatoire et archaïque.

De ses premières séries caractérisées par des formats modestes et une atmosphère intimiste, Jahmal a gardé l’expressivité de la couleur, mais en quittant son univers quotidien pour s’ouvrir à l’étrangeté et au lointain, il a élargi son cadre et aplanit les perspectives. Le personnage prend désormais le pas sur son environnement, être hybride tantôt soumis, tantôt menaçant, tantôt humain, tantôt animal, il hante le tableau d’une présence dont la solidité exprime le contrôle mais aussi l’accès aux forces immatérielles, créatrices comme destructrices. Comme peut-être, le portrait démultiplié de l’artiste.

- Anne Pontégnie