Kadar Brock

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Almine Rech Gallery est heureuse de présenter cast with flashback cast with flashback, une exposition du travail de l'artiste new-yorkais Kadar Brock. Il s'agit des tableaux les plus récents de l'une des trois séries que Brock est en train de réaliser. Ces trois projets sont reliés entre eux. En effet, les matériaux obtenus en grattant un tableau sont utilisés pour créer les morceaux de peinture d'un autre tableau, qui est ensuite poncé pour produire une poussière utilisée pour un troisième tableau.

Le titre de l'exposition fait référence à la mécanique d'un jeu de cartes fantastique auquel Brock joue: Magic: The Gathering. Le texte « Cast with Flashback » apparaît lorsqu'un joueur peut réutiliser un sort qu'il a déjà utilisé. Cette exception permet à quelque chose qui a été relégué dans le passé de revenir au présent et d'être à nouveau actif. Cela implique que Brock utilise depuis longtemps les systèmes pour jeter des sorts dérivés des jeux, à la fois analogues et numériques, comme procédés pour organiser et guider son travail sur la toile. Mais cela évoque aussi ses références au vocabulaire préexistant de la peinture dérivé du modernisme, c'est-à-dire le champ de couleur, une approche fondée sur des procédés, la réflexivité des matériaux et du contenu avec la façon dont la pièce a été réalisée, et les caractéristiques matérielles de la peinture elle-même. Brock tire tout ceci très consciemment de la boîte à outil de l'histoire de l'art et le rejoue selon des modes qui, comme ces sorts réutilisés, sont tirés du passé et reconfigurés comme agents actifs du présent.

La répétition dans le titre fait référence à une erreur qui n'existe que dans la version en ligne du jeu, où ce texte est affiché deux fois lorsqu'un sort est jeté. Cette répétition plaît à Brock parce qu'elle suggère que dans l'espace numérique, les choses peuvent morpher et se multiplier pendant qu'elles circulent dans les réseaux, ce qui permet dans certains cas de ré-accéder d'une façon nouvelle à des choses anciennes. Brock démontre que cela comprend l'approche moderniste du travail consistant à faire un tableau convaincant. Précisément, il trouve que le résultat de ses manipulations ont plus d'effet que le tableau avec lequel il commence.

Cette démarche positionne astucieusement Brock au sein de la jeune génération qui traite du statut changeant de la peinture comme medium. Comme ses pairs, il a vu que le geste ne doit plus être envisagé seulement comme vide. Il est au contraire renforcé par de nouveaux types de geste, comme par exemple passer la main sur l'écran ou le toucher du doigt. Et ceci nous amène à prendre nouvellement conscience d'autres manières d'agir, notamment les gestes de l'ouvrier tels que poncer, mouler, etc. que Brock utilise à l'atelier.

Les trois séries présentées ici commencent toutes par des tableaux conventionnels que Brock produit sans aucune gêne, avec toutes les indulgences et libertés véhiculées par les vieilles idées romantiques de la pratique de la peinture, directe et intuitive. Il peut s'approprier tout cela parce qu'il sait que bientôt, ce sera effacé par l'activité de sa ponceuse. À partir de là, il produit ses peintures poncées par un processus méticuleux, très travaillé, qui consiste à d'abord gratter puis poncer toutes les marques peintes jusqu'à obtenir un effet de champ subtil, d'un dégradé de couleurs passées. Ensuite, Brock rehausse ce champ en ajoutant soigneusement de nombreuses couches de peinture de base industrielle et de peinture en aérosol. Le processus de grattage et de ponçage crée de nouvelles marques alors qu'il efface les marques originelles et fixe l'histoire du processus à travers les roses et bleus effervescents qui subsistent. D'autres points d'intérêt formel dans ce travail sont les trous et déchirures produits par les coups de lame sur la toile.

Ces gestes engendrent à leur tour une autre série de tableaux, produite par l'agrégation d'éclats de peinture qui tombent du tableau pendant l'acte de grattage. Et une autre série encore, produite en transformant la poussière accumulée pendant le ponçage en une plaque monochrome. Tout ceci établit une sorte d'écosystème autonome dans l'atelier de Brock. Rien n'est jeté ; tous les sous-produits de chaque procédé sont redistribués de façon créative dans d'autres oeuvres. D'autres séries évoluent de façon organique alors que Brock trouve d'autres usages pour les sous-produits de ses activités ouvrières.

Le but de Brock est que les tableaux qui en résultent, par la juxtaposition d'une qualité réductive aux effets esthétiques discrets mais évidents, apporteront à ceux qui les regardent un espace de repos et de contemplation.

Alex Bacon