Turi Simeti

Le Choix du Signe


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L'exposition de Turi Simeti à la galerie Almine Rech le 28 mai rassemble pour la première fois un ensemble d'œuvres proposant une perspective globale, de ses débuts à aujourd'hui. Certaines, provenant de sa collection personnelle, sont inédites. Le panorama du début des années 1960 s'inscrit dans un climat de recherche alternatif et bouillonnant. Milan offre à Turi des moyens et des possibilités de nourrir sa peinture au contact des plus grands artistes européens. New York est à Milan, tout s'y joue, c'est là qu'il faut être pour sentir tous les courants d'avant-garde en Europe. C'est à travers un cabinet de curiosité où se trouvent accrochées en apparence pêle-mêle des raretés. Une collection qui signe l'engagement et les recherches plastiques de Turi. C'est à partir d'enveloppes brûlées, réduites à leur plus simple expression que l'on voit apparaître une forme inusitée : l'ovale. Ailleurs on redécouvre l'ovale tel un appendice proéminent prêt à éclater le tissu de la toile. Ou bien là on découvre l'ovale débordant du cadre fuyant vers l'infini. Ces petites toiles du cabinet de curiosité bougent et cherchent leur propre loi, animées par cette énergie créatrice des années 1960. Dans l'œuvre intitulée "108 ovali neri" de 1962, la forme ovale s'individualise en tant que motif et se répète sur la toile jusqu'à la recouvrir entièrement.

Le rythme de l'exposition ensuite s'articule à partir de la disparition de l'ovale. Milan est à la recherche du négatif et de l’absence. C'est la voix que Turi adopte à son tour, sous la forme d'un renversement de l'ovale provoquant sa "disparition". Il resurgit ensuite en extroflexion au dos de la toile. La pression de la forme est l'élément déterminant de l'expérience spatiale de l'exposition.

Turi crée différentes pressions sur différents formats mêlant des toiles de petite échelle qui en côtoient d’autres de dimensions grandioses.

Au fur et à mesure la construction architectonique de la toile se complexifie, se divise en diptyques, polyptyques selon la pluralité des éléments en jeu. L'extroflexion permet de dessiner sur la surface de la toile en fonction de la pression et de l'angulation. Une forme pleine se manifeste par une section conique elliptique. Ou encore une arête surgit à peine, signant une légère apostrophe sur la toile. Avec l'ovale, Turi tente de produire une écriture sismique qui libère la surface pour aller au bout de toute matérialité vers le silence.

Or, ce n'est pas dans ce silence que Turi finit par s'installer : en 1971 par un geste absolument radical, il détruit brutalement un planeur entier dans la galerie Bertesca à Gènes. Il n'en reste aujourd'hui qu'un ensemble de conteneurs présentés pour la première fois et qui sont la mémoire de l'appartenance de Turi à cette catégorie particulière d'artistes apparus au cœur de l'Europe, à partir des années 1960, et animés du désir de refaire le monde. La "Distruzione di un aliante" trouve ses origines dans ce climat général dominé par Fluxus et les Nouveaux réalistes, eux-mêmes héritiers du mouvement dada. La démarche place la vie quotidienne dans l'art, pour la libérer, rendre floue les frontières entre l'art et la vie. La destruction du planeur exprime l'urgence de faire du nouveau une nouvelle fois.

L'exposition est traversée par ces dynamiques pulsionnelles et cette volonté à la fois artistique et politique de tout revoir.


Natacha Carron