Chris Succo

Language of Elbow


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De prime abord, les lignes noires qui parcourent les toiles mates des «Peintures zigzag» de Chris Succo paraissent presque de l’écriture, des notes gribouillées à la hâte sur du papier brouillon, ou un quelconque système de notation loin d’être évident.

Lorsqu’on regarde une partition, on ne lit pas la musique. À première vue, elle peut nous sembler abstraite. Pour bon nombre, les notes sur la partition ne renvoient pas directement à une chanson et même pour les musiciens les plus habiles, les symboles qui indiquent la hauteur, l’intensité et le tempo restent toujours subjectifs. Or quand on observe la composition des «Peintures zigzag», leurs lignes suggestives, leurs agencements cinétiques et leur répétition régulière créent une musique inattendue qui ne nécessite aucune connaissance particulière pour être appréciée.

The Language of Elbow de Chris Succo, sa première exposition monographique à la galerie Almine Rech, présente deux séries de nouvelles compositions : les « Peintures zigzag» et des sérigraphies «Sans titre». Ces œuvres, composées dans un atelier avec une bande-son jouant en continu et dont certains titres sont tirés de poèmes de Succo, débordent d’énergie et de caractère. Exposées ensemble, elles suscitent une réflexion sur la peinture abstraite. De plus, leurs titres, clin d’œil au bagage musical de Succo, font penser aux notes inscrites sur les pochettes des disques.

Les sérigraphies de Succo ont été réalisées à base d’images de revues collées entre elles, photographiées, imprimées et ensuite tachées avec de l’encre dans l’atelier. Elles renvoient à la fois aux posters décolorés des rockeurs, ainsi qu’à une cascade d’images d’une jeunesse absente. Jouant avec l’histoire du nu dans la peinture, ces collages en niveaux de gris constituent des représentations figées des excès de l’adolescence glorifiés par le rock ‘n’ roll.

Le tableau «tktk» dissimule la composition caractéristique des «Peintures zigzag», combinant les encres noires des sérigraphies avec les abstractions suggestives du reste de la série. Ses figures sténographiques sont éclipsées par un premier plan noir qui efface la moitié du tableau. Il pourrait s’agir d’un paysage ou d’une page déchirée. Ce tableau évoque un terrain aux frontières de la poésie, de la peinture et de la musique.

Alexander Shulan