Projectroom: Turi Simeti


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Du 12 mars au 11 avril 2015, la Galerie Almine Rech propose un project room inédit consacré à Turi Simeti, l’un des derniers représentants de cette génération d’artistes milanais qui a bousculé la seconde moitié du XXe siècle. En juin 2015, la Galerie présentera la première rétrospective de l’artiste à Bruxelles.

Turi Simeti est né en 1929 en Sicile, il s’installe à Rome en 1958 où il fréquente l’atelier d’Alberto Burri. Il commence à peindre et fait ses premières armes en s’initiant à l’art informel. Très rapidement, pourtant, Milan devient plus attirante pour les artistes. En 1960, il y rencontre Fontana, Manzoni, Castellani et Bonalumi. C’est dans ce climat d’échanges effervescents qu’il participe aux changements s’opérant alors au sein de  l’histoire artistique européenne. Sa présence dans l’exposition « Zero Avant Garde » organisée par Fontana en 1965 l’inscrit d’emblée parmi les spatialistes italiens : de la fente de Fontana, aux gonflements turgescents de Bonalumi, aux surfaces séquencées de Castellani, aux jeux de pièces géométriques du groupe T, tous sont portés par la nécessité d’aller au-delà, en dialoguant avec le vide, et à la recherche des nouvelles possibilités ouvertes par celui-ci.

Ces premières années milanaises engendrent un nombre considérable d’expériences où la surface de la toile devient un espace à conquérir au moyen d’éléments radicaux, du minimalisme et de la monochromie. Le thème de la fin de l’art et de son recommencement est inlassablement repris : « Reinventiamo continuamente la pittura ». Simeti cherche et élabore de nouveaux procédés sans préméditation. Il puise ses fondamentaux dans l’expérience du collage qu’il initie en 1961 par l’intermédiaire d’enveloppes qu’il brûle.  L’application fait apparaître une forme non définie qu’il s’agit d’effacer ensuite par le feu. C’est dans ce compost que se manifeste  peu à peu une forme finale. Surgissant de l’ombre à la lumière, nait de l’ovale une forme nomadique (dite libre) ou erratique (dit autoritaire). Simeti en fait  sa signature.

A travers les variations de cartons ovales découpés puis collés sur la toile, Simeti fait percevoir la non homogénéité de la peinture monochrome. De ces trois premiers tableaux, « 12 ovali bianchi », « 44 ovali bianchi » et « 108 ovali neri », qu’il réalise en 1962 et 1963, il résulte des effets de surface et de reliefs, des jeux d’ombre et de lumière qui, s’ils donnent un côté très esthétique, voire presque décoratif aux œuvres, témoignent d’une grande précision et d’une belle radicalité. Simeti réussit aussi à dématérialiser la présence de l’objet en jouant sur le principe de la répétition et de la modulation de la lumière.

L’ovale est devenu la marque qui le rend aussi reconnaissable qu’un Castellani.  L’œuf se présente comme l’archétype primordial, l’origine de toute forme. Elena Pontiggia y voit l’ovale des yeux des cyclopes, largement ouverts sur l’immensité d’un espace métaphysique.

Poursuivant, avec « Rilievi bianchi » de 1967, sa propre législation plastique,  Simeti s’impose par un nouveau vocabulaire : la forme en creux. Le collage a disparu de la surface de la toile, « dématérialisée » uniquement par un jeu de lumière. Au contraire  des premières œuvres où l’objet - empiècement ovale était le protagoniste de la toile, l’ovale « extroflexion » devient le noyau autour duquel le tissu pictural de l’œuvre s’organise.

La forme elliptique est donnée par une matrice en bois faite à la main, puis appliquée au dos de la toile. Castellani, pour sa part, module la surface de la toile à partir « d’introflexions » et « d’extroflexions » à l’aide de clous millimétrés placés au dos de la toile. Les modules de Simeti créent une tension du tissu à divers degrés, l’inclinaison de l’ovale s’articulant selon la rotation elliptique de l’axe. La face de son plan incliné ou la section conique, sa mise en espace sur la toile, son articulation ou non avec d’autres motifs de lumière,  créent des jeux multiples et offrent de nouveaux espaces infinis.

Chaque matrice est unique. Elle n’est pas une forme répétée par un outil. Il n’y a pas une empreinte mais des empreintes. En toute logique, l’entité est soumise à deux fonctions : l’une de répétition, l’autre de répartition. La répétition produit la série où circule la différence. C’est un principe générateur qui ne suppose ni commencement ni fin. La répétition d’un même plan forme un présent qui s’épuise et qui passe. Au multiplicateur s’adjoint un répartiteur qui règle le rapport spatial des « retroflexions » entre elles.

A partir de ces deux principes, la forme révèle un espace dynamique. Elle donne la possibilité de matérialiser l’absence. Dès lors, Simeti, par sa méthode elliptique, laisse percevoir l’homogénéité du mouvement de la lumière à travers sécantes, points de recourbement ou d’inflexion.

L’œuvre de Malevitch n’est jamais loin dans son imaginaire et inspire son désir de trouver l’origine de la forme et du mouvement. Les plans inclinés attirent la clarté, de l'ombre à la lumière, les apparitions partielles de l'ovale suivent les ondes des vagues. Une ligne disparaît tandis que l’autre invente sa forme. On est dans une sorte d’enlèvement qui fait passer un mouvement d’emportement, de traversée de soulèvement.

Natacha Carron