Telephone Paintings

Curated by Nicolas Trembley


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A l’occasion de la 43ème foire d’Art Basel, la galerie Almine Rech a demandé au curator Nicolas Trembley de concevoir son stand sur le sujet du "process painting".

Le point de départ de cette exposition, dont le titre s’inspire, ce sont les fameuses Konstruktion in Emaille de László Moholy-Nagy. En 1923, l’artiste, alors au Bauhaus, commande par téléphone à une fabrique de plaques émaillées, trois pièces sur fond blanc, constituées de lignes abstraites aux couleurs primaires, regroupées sous l’appellation Telephone Pictures.

En déléguant à quelqu’un qui n’est pas un artiste la réalisation de sa pièce, en déplaçant la production du studio à l’usine et en la confiant au final à des machines, Moholy-Nagy fut l’un des premiers à mettre à mal la notion classique et romantique de l’artiste comme unique auteur de son oeuvre.

L’idée de manufacturer ces oeuvres étant au cœur du projet, la galerie Almine Rech, grâce à la collaboration de l’Estate Moholy-Nagy, a pu reproduire les trois plaques existantes dans l’une des dernières émailleries industrielles encore en activité.

L’exposition Telephone Paintings regroupe 30 œuvres qui parcourent presque un siècle de création et qui  posent des questions relatives aux notions de processus, de délégation, de reproduction mécanique, de circulation des images, de ce qu’est un original et une copie. Parmi la trentaine d’artistes sélectionnés, la majorité sont représentés par la galerie Almine Rech et d’autres ont été invités à participer pour la pertinence de leur travail par rapport au thème.

Ainsi, Pablo Picasso qui participe avec un monotype historique dépeignant deux femmes, fait écho à une récente Joke Painting sérigraphiée de Richard Prince qui ironise sur une femme à deux têtes. Les collages de Schwitters, côtoient une superposition de diverses strates d’images qui prennent toutes source dans les manifestations des années 60 pour les droits civiques aux USA. Publiées d’abord par les grands médias comme Life ou the New York Times, ces photographies vont être piratées par des artistes comme Warhol pour les différents formats de ses Riot Paintingsou plus récemment par Kelley Walker dans sa série des Black star Press.

Une fois les oeuvres choisies, elles ont elles-mêmes généré leur propre logique d’agencement sur un papier peint conçu par John Armleder et commandé par téléphone à une entreprise spécialisée. Cette « chambre » de la peinture est aménagée avec du mobilier réalisé par Franz West qui en accentue son aspect domestique.

Si Moholy-Nagy est passé du studio à l’usine, nous sommes passé de la galerie à un appartement en compagnie de ses habitants: un personnage de Joe Bradley, une silhouette fine représentée par une Plank de Mc Cracken et enfin un couple afro américain, acteurs d’une publicité pour du Cognac reprise telle quel par Jeff Koons dans sa série Luxury and Degradation des années 80. Petit à petit, trois ambiances se sont dessinées et organisées chromatiquement sur les trois murs principaux de l’exposition : le matin, la journée et le soir.

Mais au-delà de cette fiction scénarisée, Telephone Paintings aborde l’un des grands sujets de l’histoire de l’art qui ne cesse de revenir sur le devant de la scène : l’abstraction. Comment des « peintures non-peintes » constituées de formes neutres continuent de communiquer aujourd’hui et pourquoi le font-elles ? Que nous transmettent-elles ? Quelle est leur qualité ? leur spécificité ?

Un ambitieux catalogue de plus de 150 pages est édité à l’occasion de l’exposition. Il regroupe les œuvres présentées dans l’exposition de même que les « coulisses » de leur fabrication. En effet, les artistes ont accepté de présenter à travers des images inédites comment ils réalisent, ou font réaliser leurs différentes œuvres.