Tom Burr

felt under fingers


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La Galerie Almine Rech est heureuse de présenter la première exposition personnelle de l’artiste New-Yorkais Tom Burr à Bruxelles intitulée felt under fingers.

Je suis préoccupé, fortement préoccupé (ou hanté serait peut-être la manière la plus juste de présenter les choses) par la façon dont les espaces construits lient et contrôlent les gens tout en leur accordant différents degrés de confort et de sécurité, explique l’artiste.

Quand Burr expose, on pénètre dans une pièce remplie d'objets hétéroclites dispersés, dont beaucoup semblent avoir été soudainement abandonnés. Le lieu semble alors presque familier. Cependant, la disposition et la sélection des objets ainsi que leurs éventuels propriétaires reste une énigme. On pourrait y voir une mise scène qui s’est arrêtée au moment même où on est entré dans la pièce. En sélectionnant ses objets en fonction de leurs poids symbolique, les sculptures de Burr interpellent et font surgir ou resurgir une émotion particulière chez les spectateurs.

L’artiste décrit son approche au travail sculptural comme des actes dans une pièce de théâtre, ou des images fixes dans un film. Cette théâtralité et son utilisation allégorique des formes spécifiques au théâtre : les plates-formes, les radiateurs, les rideaux, l'éclairage, et les articles personnels fonctionnent comme des appuis verticaux sculpturaux.

Pour cette exposition, Tom Burr vient révéler la présence physique de ces objets anonymes et banals. L’artiste insiste sur une mise en relation des notions de chaleur, de nudité, d’enveloppement de différentes sculptures, le tout sous forme de récit pour raconter une histoire et réveiller des sentiments.

Ainsi, des radiateurs, relégués d’ordinaire au bas des murs, sont ici disposés au centre de l’espace, comme s'ils voulaient se serrer les uns contre les autres. Si ces pièces ont perdu leur fonction propre, le souvenir de leur usage restera intact à jamais. Tous furent conçus pour chauffer, une forme sécurité indispensable.

Quant aux panneaux accrochés aux murs ou disposés librement dans l’espace, ils sont recouverts, drapés et cloués de couvertures de laine, protégeant ainsi une nudité que l’artiste est soucieux de cacher. De cette façon, Burr déstructure l’espace et le met à nu pour ensuite se le réapproprier. Les murs prennent ainsi possession de l’espace, comme des acteurs ou des figurants, errants en toute fluidité mais surtout emballent l’espace, l’étouffent pour démontrer les contraintes physiques de l’action et de la liberté des identités.

L'oeuvre intitulée Only Mirrors Make Eyes At Mirrors est le fruit d'une collaboration de l'artiste avec une jeune artiste New Yorkaise, Mary Simpson. Tombé sous le charme de son court métrage « RR », qui consiste en des prises séquentielles et méthodiques de la vieille cuisinière « Volcan » de l’atelier de Robert Rauschenberg, Tom Burr travaille étroitement avec Mary Simpson afin de créer une réponse structurelle : une sorte de cadre physique à travers lequel le film peut être expérimenté. Ensemble, les deux composants créent un nouveau morceau qui trouble les distinctions entre le film et son envirronnement et entre le travail respectif des deux artistes

Cette oeuvre s'inscrit dans la lignée du jeu d'association, propre à Tom Burr, entre les objets et leur environnement, tous deux à la fois par leur présence physique et leur capacité à suggérer des histoires.


Actuellement basé à New York, Tom Burr est né en 1963 à New Haven dans le Connecticut. Il a largement exposé en Europe et aux États-Unis. Des projets de solo récents incluent Mixed Use, Manhattan: Photography and Related Practices 1970s to the present (2010) au Centre National d’Art Reina Sofia à Madrid et Gravity Moves Me (2010) au FRAC Champagne Ardenne à Reims.

[1] Mark Rappolt, “Tom Burr. The Man Who Wasn’t There,” Art Review no. 10 (April 2007), p. 71.