Katja Strunz

Tick-Tock, Crick-Clock


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« Si les plis du temps cessaient de s’accumuler et de se superposer. »[1]

La galerie Almine Rech est heureuse d’annoncer la première exposition personnelle de l’artiste allemande Katja Strunz à Bruxelles.

Les œuvres de Strunz portent les marques d’un vécu, d’un passé qui se traduit par l’usage de matériaux réutilisés ou recyclés. Dans certaines de ses pièces - qu’elle qualifie de « fragments construits » - ces éléments anciens, fragments trouvés, extirpés se couplent avec des éléments actuels industriels ou artisanaux qu’elle conçoit. Nourri par sa propre archéologie de la modernité, son travail se constitue dans le présent comme un étonnant et beau film en devenir en proposant une temporalité où futur, présent et passé font intensément appel l’un à l’autre.

« L’origine est un tourbillon dans le fleuve du devenir »[2], disait le philosophe Walther Benjamin. Dans ce sens, l’œuvre de Strunz recherche le présent de ce qui a déjà été.

Lorsque l’artiste dispose ses œuvres pour une exposition, rien n’est laissé au hasard : elles communiquent les unes avec les autres. En déclinant des nuances de temps et d’espace, les sculptures de Strunz interagissent et semblent capturer un moment. Comme l’indique le titre de l’exposition, « Tick-Tock, Crick-Clock », il s’agit d’un instant tiré de la progression infinie d'un mouvement donné.

La pièce centrale de l’exposition, une grande horloge en bois faite à la main, l’indique clairement, il s’agit d’un moment, d’un temps arrêté.  Dénuée de sa fonction propre, celle d’indiquer le temps qui passe, l’horloge peut ici indiquer un moment futur, passé, ou même présent.

Toutes autres les sculptures de l'exposition ressemblent aux parties cassées, comme les fragments tombés ou pliés de cette horloge. Par exemple, la longue chaîne accrochée au plafond est faite de divers cercles métalliques et qui pourraient en représenter le mécanisme défaillant.

Les œuvres de Strunz semblent répondre à la loi de la pesanteur et donnent une impression de mouvement : elles sont en pleine chute mais semblent avoir été capturées juste avant qu’elles ne s’écroulent sur le sol. Quant aux « plis » des sculptures, ils soulignent la notion d’interruption dans l’espace-temps en marquant le moment de l’altération, du passé, comme une empreinte de vieillissement.

Ces deux types de mouvements dynamiques - la chute et le rabattement – éléments très représentatifs du travail de l’artiste, sont intimement liés au fait que les matériaux, les choses sont sujets à un processus de désintégration inévitable.

Née en 1970 à Ottweiler, en Allemagne, Katja Strunz vit et travaille à Berlin.

Son travail est actuellement exposé au Muzeum Sztuki à Lodz, en Pologne, où elle a réalisé la conception de l'exposition rétrospective “Afterimages of Life: Wladyslaw Strzeminski and rights for art”. Certaines de ses œuvres récentes sont également exposées au Centre Pompidou à Paris pour l'exposition "elles@centrepompidou, artistes femmes dans les collections du musée national d’art moderne" ainsi qu’à l’exposition « Never the same River (Possible Futures, Probable Past)”  au Camden Arts Centre à Londres.


[1] TIBET, B. / CURRENT 93, « All Stars Are Dead » in  Thunder Perfect Mind

[2] Walter Benjamin, L’Origine du drame allemand, Paris, Flammarion, 1985, pp.43-44.